En mémoire

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Ma grand-mère Pauline, durant des nuits,
Piquait des capotes … hé oui …
C’était la guerre des tranchées,
Elle piquait pour ces valeureux retranchés.
Pour quelques sous à sa robe de veuve,
Malgré sa vue marquée par les épreuves,
Malgré ses souffrances révélées à qui ?
Elle fut sourde, en fin, aux bruits.
Toi qui me chantait l’absence de ma mère,
Avec toi je couchais, malgré mes colères,
Je devais partager ce lit de ferraille …
Autre que des médailles …
Non seulement je suis venue au cimetière,
Mais tu vois je passe des nuits entières
A travailler mon jardin intérieur
Pour éloigner ces vies de laideurs.
Certes, il te fallait bien du courage,
Vivre en vos temps, aux dits avantages.
Le temps retrace en ma mémoire
Ces moments de ta vie sans gloire.
Tu lisais Dely, Confidences, romances à deux sous
En blouse grise sans autre frou-frou.
Nous avons traversé ensemble quelques misères,
D’un chemin où je connus la guerre.
Pardon pour ce que je n’ai pas su faire
Pas assez ou guère.
Mais tu m’aimais.
Le monde n’a pas changé
La garce tient toujours l’inchangé.

Et tu n’es pas venu me tirer les pieds la nuit
Comme tu me l’avais si gentiment dit …

 

17 Avril 1990 - Jeannine Castel

Publié dans : biographie | le 18 juin, 2015 |Pas de Commentaires »

DIRES-DESIR

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Le désir avant l’étreinte
N’est pas toujours l’empreinte
Du désir attendu …
Désir déçu.

Le désir rêvant à l’étreinte,
Quand il connait l’empreinte
Du désir désiré …
Désir fêté !

Le désir après l’étreinte,
Naissance de complainte,
Désire ou ne désire plus
Désir foutu …

Le désir à son étreinte
Consola ses regrets et plaintes
D’un désir nouveau …
Désir accro !

Le désir et l’étreinte comblés
Quand ils sont rassasiés
Désir Parfait !

 
 

Juin 1990
 
Jeannine Castel

Publié dans : Littérature et Poésie | le 17 juin, 2015 |1 Commentaire »

Un deux juin

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Te souviens-tu du temps où nous allions, heureux,
Sur ce petit chemin, par un soleil radieux,
Ombragé d’une haie de platanes,
Sentier caillouteux, souffre douleur des ânes.
Les rayons par intermittence filtraient
A travers les branches qui dansaient
Sous le souffle du vent léger, caresseur,
Nous flirtions avec eux, jouisseurs.
Mon coeur rempli d’amour, semblable au tien,
Cognait gentiment pour un plaisir prochain.
L’herbe haute, fleurie, nous attendait
Complice de nos petits secrets dénudés.
Ainsi allongés, isolés d’un monde curieux,
Nous cherchions dans la prunelle de nos yeux
La profondeur retrouvée de nos deux êtres,
D’un amour qui nous fit naître.
Ta main câline caressant ma peau,
Moi, rêveuse, blottie contre toi, mon héros.
Hors-d’oeuvre d’un met délicieux,
Nous finissions dans les hauts lieux.
Les platanes depuis n’existent plus,
L’herbe jaunie a la berlue,
Le ruisseau n’abreuve plus la bergeronnette,
Les ronces ont envahi notre couchette.
Seul le soleil, ce deux Juin, me rappelle,
En regardant un vol d’hirondelles,
Que passe le rêve sur des amours inventés,
Passe le rêve sur ceux que j’ai aimés.
Libre d’aimer, de caresser à l’envie
Ce que la nature humaine m’a ravi. 

 

2 Juin 1986 - Jeannine Castel

 

 

Publié dans : Littérature et Poésie | le 16 juin, 2015 |Pas de Commentaires »

Tutti Frutti

Maquillage-tigre-elabore2

Les paupières closes et frémissantes,
Imbibée d’une joie rayonnante,
La bouche en coeur, ouverte à l’interrogation,
Elle attendait son maquillage-fascination.
J’ai flâné devant ce stand quelque temps,
De maquillage pour petite enfants.
Le maquillage au choix : 1 point …
Maquilleuses expertes de leurs mains.
J’ai vu la coccinelle joufflue,
Le papillon violine sans chapeau pointu,
Le tigre-enfant-blond sans griffes,
Le méchant homme noir se rebiffe.
L’estampe japonaise à deux tons,
Des pétales de fleurs sans nom,
Petit minois d’un chat moustachu,
Le chien, lui, n’a pas plu.
Féérie enfantine de rêve,
Le maquillage les enlève,
Les emporte devant un miroir
Quand enfin on peut s’y voir !
N’oublions pas les paillettes,
Facile, elles sont toutes prêtes !
Juste un trait de dernière retouche,
Ah ! Mes enfants quelle touche !
J’espère votre peau solide !
L’emploi de ces fards rapides,
Rencontrés dans une kermesse ensoleillée,
M’ont fait un instant oublier
La vocation d’une peau neuve,
Le vieillissement du progrès à l’épreuve.

 

27 Juillet 1986

Jeannine Castel

Publié dans : Littérature et Poésie | le 15 juin, 2015 |Pas de Commentaires »

A battuta

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Valsez les mots qui m’ont étourdie !
Valsez jusqu’à l’infini !
Dites à ces mots épris de remaniement
Que ces mots ne peuvent rester ignorants.
L’alphabet suivi de la ponctuation manifestent.
Les bibliothèques gémissent sur leur devenir funeste.
« Sans ces mots notre pensée ne serait qu’un regard,
Un défilé d’images, des signaux pour radars. »
Un soir où le silence m’offre cette panacée
D’une réflexion sur des mots envoyés valser.
Cette farandole m’a entraînée vers ma prose,
Le temps d’une vidange que l’esprit m’impose.
Mots d’hier, de demain, ils dansent sur les lignes,
Se pressent, se bousculent, ces mots que j’aligne.
Valsez les mots, contente de vous retrouver !
Mon inspiration, d’un temps, a été éprouvée.
J’apprends ce jour d’un langage émoticône
Que les mots se lisent par icônes …
La grammaire refuse ces portraits.
La conjugaison cherche l’emoji du niais … 

 

 

20 Octobre 1993  -  14 Juin 2015
 
Jeannine Castel

 

 

 

Publié dans : Littérature et Poésie | le 15 juin, 2015 |Pas de Commentaires »

Impressions

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Vues rétrécies
Du froid de la nuit.
Calfeutrée à l’intérieur, j’entends
La tempête qui claque des dents
Pour ma fête.

Pays enneigés
Pâles amitiés
Les bourrasques endiablées manifestent.
La nature refoule ses gestes.
Un temps de peste.

Briques, bassinoires démodées,
Chaleur du four pour mes pieds,
Gerçures et engelures des rudes hivers,
Grelottements, dans les courants d’air
Echauffourées austères.

14 Février 1994

Jeannine Castel

Publié dans : Littérature et Poésie | le 13 juin, 2015 |Pas de Commentaires »

Ailleurs ou là ?

de Belledonne à Belledonne

 

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D’un vert émeraude pâle, l’eau, ma fille,
Me dit de dormir, de jouer aux billes,
De vagabonder à nouveau sur des chemins,
Mais de ne plus pleurer pour des humains.
Au loin, la voix de Belledonne me dit,
De mon bureau où je survis :
« Si je suis là en face de toi ainsi,
Photo parvenue par un gentil ami,
Mon message, pour qu’il te parvienne,
Avait besoin de ce fils cheyenne.
Si arides te paraissent mes versants,
Si cruelle est ma neige aux repentants,
C’est qu’assaillie aussi je souffre en silence
Subissant sans arrêt leurs ignorances.
Mes glaciers d’été sont là en témoignage.
L’homme, ce conquérant, mon grand nuage,
Fait plaisir à ses sens, fait mal à mes chairs,
Endurcit sa frayeur, respire mes airs.
Me donne son courage, découverte renouvelée,
En échange d’efforts, de voies précipitées,
De rocaille, de pitons, de cordes, de pics,
D’évasion, de déclics.
Une fois le site vaincu, il repart convaincu
Que cette femme facile, muette, repue,
A eu plaisir à cet assaut passionné perpétuel
Qui, chaque fois, me laisse un éternel
Regret d’avoir cru différent
Le soupirant.
En Belledonne, je te promets
Que ces croquants vont fumer
Un calumet amer pour avoir trahi
Une poétesse, que nos lieux ont ravie.
Franche d’amour et de gaieté,
De vertiges, de courage, de générosité.
Regarde-moi, tu reviendras …
N’es-tu pas encore là ? ».

 

23 Septembre 1986

 Jeannine Castel

Publié dans : Littérature et Poésie | le 12 juin, 2015 |Pas de Commentaires »

Randonnée

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L’eau, en mince filet, sur la caillasse fredonne,
Descend, blanche, des hauteurs de Belledonne.
Elle vient grossir ce lac de Jasse
Que la brise d’un frisson embrasse.
Elle s’amuse à contourner,
Toujours en musique et volupté,
La pierre grisâtre décidée au glissement
Qui finira dans le lac imposant.
Sa lourdeur de pierre muette
Laisse à l’eau, sa soeur, la chansonnette.
Le lac limpide et calme attend
Le départ de ces gens inquiétants …
Ils lui jettent, troublant son eau,
Des cailloux qui font mal à sa peau.
L’eau est verte en surface,
Grise comme la soutane de St Pancrasse
Qui, inspiré, aurait prié pour ses bienfaits
Qu’à l’oeil du randonneur elle a cachés.
Elle profite de la bonne saison,
Se chauffe, dolente, montre ses fonds,
Sachant que l’hiver viendra durcir
Sa couche brillante d’une eau prête à mourir.
Mais laissons à l’été les confidences
Que son miroir capte sans exigence,
Ensevelissant sous lui toute l’amertume
Qui ressemble au bruit de ma plume.

31 Juillet 1986

Jeannine Castel

Publié dans : Littérature et Poésie | le 12 juin, 2015 |2 Commentaires »

La libellule

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La libellule
La queue en virgule
Circule
Sur ma bulle.
Ephéméride scintillante
D’une planète dansante
Sa grâce se balance
Au rythme des vacances.
Insecte
De mon intrinsèque
Nous faisons secte
Je l’éjecte !
La libellule
D’une virgule
recule
Au point virgule.
Sur la campanule
Ondule
La libellule.
 

 
12 Décembre 1993
 
Jeannine Castel

Publié dans : animaux | le 12 juin, 2015 |Pas de Commentaires »

Moi, Nom, + …

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Perdue dans le labyrinthe du langage
Entre la Chine et le Japon …
A son retour, la mélodie du voyage
Me chantonne ton nom.

Rebelle, je garde mes distances,
Ce bel oiseau sur ma branche sifflote,
Pavé dans la mare me lance,
Toujours l’histoire de la culotte.

Pour oublier, je fuis l’impossible,
L’oiseau en question s’est posé.
Il construit son nid dans l’invisible
Sûrement.

 
 

1 Mars 1994

 

Jeannine Castel

 

Publié dans : Littérature et Poésie | le 11 juin, 2015 |Pas de Commentaires »
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