Archive pour la catégorie 'Photographe Gil STREC'

Le Castel des corbeaux noirs

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On raconte qu’un certain garde-barrière
Hante ce manoir pour la Saint Pierre …
Ce garde était l’amant de l’unique héritière,
Laide comme un pou, grosse comme une montgolfière.
Ce pauvre homme avait perdu une jambe à la guerre,
Un oeil lors d’une rixe sous une porte cochère.
Leurs handicaps ne craignaient pas les adultères …
Chargé de surveiller le domaine aux immenses terres,
Sur son cheval à trois pattes nommé Mystère,
Sa jambe de bois suppléait le membre déficitaire
De ce vaillant animal qui trottait en claudiquant
Les sous-bois et prairies par tous les temps.
À l’affut, il évitait les pièges de ces braconniers,
Cruel souvenir pour ce Mystère sous les marronniers.
La maîtresse de ce bancroche, en plus de sa pesanteur,
Était possessive, capricieuse, sujette aux bouffées de fureur.
Tous les courageux prétendants fuyaient cette terreur.
Ni les fastes des bals organisés par cette toupie,
Ni la bonne chaire des tables bien garnies,
Avaient eu déclaration, bans d’un projet de mariage.
Ces chasseurs de dot repartaient avec leurs bagages.
Ce fut l’utile et la nécessité qui réunirent
Ces deux êtres pour assouvir leur syndrome du menhir.
Ils avaient eu écho d’une ancienne et légendaire rumeur
Qu’une pierre d’angle avait été posée par un Seigneur,
Propriétaire d’un Paradis Céleste sur une Terre Promise
Dans un livre détenu par une défunte marquise.
Notre homme, tout comme Ali Baba décela pierre sur pierre,
Chercha en vain ce trésor caché sous les racines du lierre
Disparu depuis de tous les pans de murs.
Dégoutté, il ne trouva même pas un os de fémur.
De colère il jeta dans le lac une de ces pierres.
Etrangement, ceci se passa le jour de la Saint Pierre….
Arrivé au Paradis on raconte encore que ce cagneux
Se vit refuser par Saint Pierre l’accès aux Cieux.
C’est ainsi trainant comme un condamné son boulet rocailleux 
Qu’il pourchasse dans ce manoir les esprits curieux
Qui s’aventurent sur des montées d’adrénaline
Infestées de sorcières vomissant des pralines.
On ne sut jamais ce qu’il advint de sa maîtresse…
Il paraîtrait que son âme sonne les cloches pour les messes …
Depuis ce Castel pour les gens du terroir
Anime et hante les commentaires des lavoirs.
Chauves souris, corneilles et corbeaux dans le noir
Attendent patiemment la Saint Pierre pour l’apercevoir.

 

23 Septembre 2017 – Jeannine Castel
Photo de Gil Strec sur Facebook 

 

 

 

La cascade du salut

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Pour toi j’aurais laissé une partie de mon âme.
Chemin faisant, se dénouait le drame…
À chaque pas l’amour qui me portait vers toi
Augmentait la puissance de ma foi.
Au premier cours d’eau rencontré se tarit
La source de ce duo que j’avais chérie.
La distance forma un nouveau chemin,
C’est ainsi que naquit le premier chagrin.
Mon coeur déçu battit la retraite.
Pour le nouveau venu, changea la fête.
Lichen foulé, le charme s’effrita.
Être de chair, le souffle m’évita.
Jusqu’à vous qui me tendiez les bras.
La foi toujours fidèle, mûrissait mes pas.
Je découvris au fil de cette survie singulière
La connaissance de Soi qui me porta, altière.
Portant plus loin cette résurrection qui m’apprit,
Ne fût-ce que pour votre plaisir, l’amour en poésie.
Dans cette forêt qui écoute mes naïfs espoirs
Parvenue au sommet, l’eau lave mon désespoir.
Savoir symbolique de forces existentielles, j’ai bu
Tout comme vous à la cascade de mon salut.
La réalité m’a réveillée de cette mort.
Demain, vous aimerai-je encor ?

 

4 Mai 1993 - Jeannine Castel
Photo : Gil Strec sur Facebook

La bassinoire

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Deux chaises
Aux vives braises,
En cette fournaise,
Se complaisent.

Témoins de noces,
D’assauts féroces,
Blason d’une négoce
Cloutée de bosses.

Menstrues refroidies,
Deux âmes enlaidies
De passions, de parodies,
D’un ancien paradis.

Des draps de velours
D’un si beau jour
Promu à l’amour
Muré dans une tour.

La bassinoire attendait
Ce lit de virginités inondées
Pour réchauffer leurs âmes fardées
D’un au-delà qui les attendait.

Deux chaises vides
D’un ciel limpide
Attendent avides
Ces âmes intrépides.

17 Septembre 2017 – Jeannine castel
Photo : Gil Strec sur Facebook

Une fleur au chapeau

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Laissons gronder l’orage
Ma douce amie
L’amour est si volage
Aimons cette accalmie.

Un papillon s’est posé délicatement
Sur la fleur de l’âge,
Il est venu sécher, en butinant,
Ses ailes meurtries d’orages.

Le temps d’un halo lumineux,
Il a surgi un soir de canicule,
Pour ne laisser qu’un venimeux
Désir privé de ses tentacules.

Voici venir la pluie,
Le papillon a déjà fui ! …
Il ne reste, enfoui,
Que ce cliché d’une beauté inouïe.

Le temps des orages,
À la fleur de l’âge,
Se garde des ombrages
Des ailes qui voyagent.

Une fleur au chapeau
À la bouche une chanson …
Ce joli papillon, d’une photo,
A mis mon coeur en ébullition !

24 Juin 2017 – Jeannine Castel
photo : Gil Strec sur Facebook

Semences

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à Gil Strec, pour toutes ses belles photos qui m’ont tant inspirée.

 

J’ai semé sur mon chemin
les blessures de mon arbre.
Je traverse la voie de mon destin,
vers cette porte étroite de marbre.

Toute la boue de mon passé
tapisse ce pont qui m’a conduite
jusqu’à vous, jusqu’à toi, enlacés
vers ce ciel, cette éternité écrite.

Petit Poucet j’étais remplie d’amours
 semés, dispersés comme ces pétales
tombés sur le fumier des beaux jours
que je voulais, loin des ogres, à ma table.

Hélas, la forêt, les tornades, les sables mouvants,
ont englouti mes plus belles années.
Me voilà, vers ce nouveau printemps
sauvée de cet enfer de damnés.

« La vie est un pont, n’y fixe pas ta demeure »
Heureux celui qui ne connut pas le leurre.
Bienheureux celui qui ce de pas demeure.
La vie serait si belle à demeure.

J’ai semé sur mon chemin
tous mes espoirs déçus,
enfouis sous le crottin
d’un solitaire parchemin.

 

 

29 Mars 2017 – Jeannine Castel
photo de Gil Strec sur Facebook

 

 

 

Insensé, le garde forestier

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Conte oublié pour le monde oublié de Gil

C’est une maisonnette d’un conte oublié,
Une histoire imaginaire, folle à lier,
L’abri d’un ancien garde forestier,
Un garde venu de la forêt des Peupliers.
Gardien des bois, les cerfs l’aimaient,
Du froid les oiseaux y trouvaient nids.
Un cabanon abritait sa jument Aimée,
Fidèle compagne de ses courses à l’ennemi.
Ainsi vivait là ce garde et ses amis.
Avec Aimée il parcourait ce domaine forestier,
Protégeant faune et flore des braconniers.
On dit que les loups venaient aux veillées
Sur le pas de sa porte sommeiller.
Quand la neige avait tout recouvert
Aux animaux frileux il offrait des pull-overs.
Logeaient même en sa petite chaumière
Les âmes égarées d’affreuses sorcières.
Il paraît que le chat botté, par là, vint à passer …
Les roues de son carrosse, sur ces chemins cabossés,
N’avaient pas résisté à de tels chocs, tracassé,
Il fut heureux de rencontrer le brave Insensé.
C’était le nom que lui donnaient les bûcherons,
Ces abatteurs, amateurs de bûches et de troncs.
Insensé disparut le jour du Grand Mystère,
Fête organisée par une troupe de phacochères.
Désertée, abandonnée, la maison forestière
Perdit sa gaieté et les visites animalières.
Des villageois, curieux de bruits répandus,
Viennent parfois vérifier les rumeurs entendues.
Jusque dans la vallée toutes sortes de cris éperdus,
Tandis que volets et fenêtres claquent, tendus,
Sortent de cette maison vide, déboussolée,
Triste d’avoir perdu cet hôte qui savait consoler,
Accueillir, chasser les austérités de la forêt des Bolets.
Inconsolable, dans la tourmente, elle hurle son chagrin
Espérant qu’Insensé reviendra avec les bouquetins
Bloqués sur les parois des montagnes rocheuses enneigées.
Tous attendent pour son retour, le cri d’alerte du geai.

24 Mars 2017 – Jeannine Castel
crédit photos : Gil Strec photographies sur Facebook

 

 

 

 

Publié dans:Littérature et Poésie, Photographe Gil STREC |on 25 mars, 2017 |Commentaires fermés

Raconte moi une belle histoire

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à Gil Strec
 
Raconte moi une belle histoire
Des livres entassés, pêle-mêle,
Souffrent de ces contes illusoires
Ecrits, édités, pour de futures poubelles.

Une histoire de contes de fées ?
Raconter embellit parfois l’image.
Toi qui sans cesse sur des clichés voyage
J’attends toujours celui de tes trophées.

Raconter une belle histoire d’amour ?
Il est trop tard en ces vieux jours.
Le rideau rouge n’est plus d’humeur
À contenter la fosse des spectateurs.

Une histoire morbide comme la mort ?
Colportée par les frasques d’un croque-mort
Dont la chair, friande de frissons macabres,
Aime bien la lueur dansante des candélabres.

Raconter une belle histoire, je voudrais tant,
Il est trop tôt encore pour cet obscur néant.
Des histoires à dormir debout, sans fin,
Entre un masque, un livre et une main.

Peut-être qu’en tes mystérieux chemins
Entendras-tu une belle histoire, enfin !
Mais te conviendra t-elle, tant de pages
Ont effeuillé tes vagabondages !

Pour une histoire sans nuages,
Raconte moi une belle histoire !

24 Février 2017 – Jeannine Castel
crédit photo : Gil Strec sur Facebook

Petit Louis (9)

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Sans tarder l’écho lui renvoie son cri …
Mais la colère reste en lui.
Il donne des coups de pied à sa carriole,
Les valises sous sa rage tombent dans la rigole …
Heureusement à sec, pour ne pas envenimer
Cette scène proche d’un dessin inanimé.
Calmé, il remet sa ferraille sur ses roues,
Renifle, soupire, se mouche un bon coup.
Et le voilà reparti, le coeur en tourments
Sur cette route qui serpente de nombreux tournants.
Il est pas loin d’onze heures, quand il entend
Une voix qui chantonne … Qui donc est content ?
Pas d’âme qui vive devant lui … il ralentit, prudent …
Le son monte … il part voir sans son chargement, 
Espionne en se camouflant … Hello petit !
Il sursaute, pas content d’être surpris.
Un homme, un vagabond, genre clochard,
Est assis au milieu de son bazar.
Près de lui bouillonne dans une casserole
Un ragoût douteux aux odeurs vinicoles.
Petit Louis salue en hochant du menton cet étranger
Susceptible de mettre sa cavale en danger.
Il cherche vite des réponses à d’éventuelles questions
Que lui poserait ce cuistot, par suspicion …
Tu as faim ? Tout est là … à la St Gueux, y en a pour deux ! 
Bien que ce Saint lui fut inconnu, que lui parut hideux
Ce clodo aux vêtements et sourire douteux,
Sans trop se donner un air piteux
Il accepte l’invitation inespérée, oubliant sa carriole
Qu’il récupèrera plus tard … ce n’est que babiole
À côté de sa faim digne de Gargantua cet inconnu
Qui lui présente une assiette bien garnie en bienvenue  …
Il raconte vaguement qu’il a raté le car …
Qu’il descend au bourg voir son oncle Gérard …
Tout ça sur une musique à tue-tête
Qui donne à ce repas sur l’herbe un air de fête.
Pendant que l’un se goinfre, l’autre boit, 
Et se trouvent rassasiés tous deux à la fois
Aux frais d’une princesse qui n’en a rien su.
Lorsque le clodo, à son réveil, s’aperçut
Que le gamin n’était plus là … «déjà parti ! »
Peut-être que le car était passé … brave petit
Qui n’avait pas refusé de partager un ragoût
Avec un inconnu, ivrogne, puant les égouts …
Nul car … mais une carriole à tirer encore une fois.
La route avait offert à petit Louis ce moment de joie
Dans cette rencontre. Seul un ange gardien
A pu intervenir dans sa vie de chien …
Une nouvelle nuit à la belle étoile
Attend petit Louis pour l’envelopper de ses voiles.

 

20 Février 2017 – Jeannine Castel
crédit photo : Gil Strec photographies sur Facebook

 

 

Petit Louis (8)

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Petit Louis demeure là jusqu’à la tombée du jour.
Cette nuit de Juillet lui parait douce comme du velours.
Il pioche dans le sac de vivres … épuisés …
Il se contente de restes, chips et biscottes écrasées.
Il souffle dans le sac en papier, par dérision,
Et d’un coup sec l’éventre d’une explosion.
La nuit est claire, la lune légèrement rousse,
Il cherche une chouette planque recouverte de mousse.
Bercé par le murmure lointain de l’eau
Petit Louis s’endord, le visage abrité sous son chapeau.
Hélas, son réveil n’est pas des plus joyeux …
Il déchante vite, quitte son sourire radieux.
Il retrouve la dure réalité de son existence.
Il aurait bien aimé continuer sa somnolence …
Continuer ce rêve inattendu, énigmatique,
Main dans la main, entre un père et une mère idylliques.
Les rêves sont parfois cruels, blessant l’âme.
D’où venaient-ils ces parents étrangers ?…  infâmes …
Combler sa solitude d’espérances tant imaginées ?
Etait-ce l’image de leur abandon ? Il se dit, chagriné …
«Abandonné comme une carriole !
La vie, quelle dure école !»
Petit Louis se relève douloureusement … quel carcan !
Il lui faut redrescendre vers la vallée cependant …
A cette pensée, l’horreur ! …
Pour survivre … cette idée chasse la torpeur
Que ce rêve trouble-tête a installée.
Tirant sa carriole il se met à dévaler
La route et toutes ces caillasses, ces trous …
Découragé, avec rage il hurle comme un fou …

19 février 2017 – Jeannine Castel
crédit photo : Gil Strec photographies sur Facebook

 

 

Le fauteuil à bascule

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Un fauteuil à bascule
Sur une paire de testicules
D’une pellicule
En canicule.

Des parties génitales
D’une tête de sioux ancestrale
A la plume phallique originale
En pierre sentimentale.

Une tête de chameau
Assoupie au creux d’un dos.
Ce n’est pas l’ami Pierrot
Mais la sexualité de la photo !

Je donne ma langue au chat,
Bougonne le lapin aux Incas.
Un aztèque en ébats
Sur des fesses de Shiva.

Un fauteuil à bascule
D’un énigmatique émule
Niché dans le ventricule
D’un noyau noctambule.

Conciliabule
D’un fauteuil à bascule
En préambule
D’une vision sous ma plume.

20 Février 2017 – Jeannine Castel
crédit photo : Gil Strec photographies sur Facebook

 

 

 

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