Archive pour la catégorie 'biographie'

La maison de mon enfance

le 37

La maison de mon enfance
Ne connait que le silence.
Les ruines n’en ont pas voulu.
Dernier témoin, la longue avenue
D’un colonel qui logeait en sa Providence
Les orphelines aux blouses noires sans élégance.
Elles passaient pour aller à l’école,
En rang serré, sorties de leur geôle,
Cet orphelinat à l’immense portail
Géré par des soeurs en cornette, leur sérail.
Le 37 griffonné à l’encre noire
A porté le matricule de mon histoire
Durant dix-neuf années dissipées, mêlées
Aux turpitudes d’un voisinage à démêlés.
C’était le kibboutz du quartier sans latin,
Cette langue ignorée des cancans et potins
De femmes au foyer qui ont comblé
L’amour de ma mère au passé ensablé.
Les portes ne connaissaient pas les serrures.
On allait, venait, l’accueil n’avait pas de figure.
D’étage en étage, de paliers en escaliers,
Nous partagions un semblant d’amitiés.
Faire ses classes au 37 valait bien un diplôme.
Au jeu de touche pipi je découvris l’homme …
Le sexe était un sujet tabou mais se pratiquait.
C’est dans le non dit que l’on s’éduquait …
J’avais le choix entre coucher avec ma grand-mère
Ou dans la chambre des parents calorifère.
Les cigognes ne m’ont pas dit pourquoi
Elles m’ont parachutée en cet endroit …

 

14 Juillet 2016 - Jeannine Castel.

Le 37 en 2002 avant sa démolition

 

 

Publié dans:biographie |on 16 juillet, 2016 |Pas de commentaires »

Marcel

Numériser

L’heure est venue de rendre hommage
A ce père qui n’a plus d’âge
Niché plus haut que les nuages
Mon père de mon premier babillage.

Il est temps de lui demander pardon
Quand de sa ligne à l’horizon
Il attendait au bout de son hameçon
Que lui reviennent mes abandons.

Il est tard de lui avouer
Les mots que nos gorges nouées
N’ont pu dire, idiote pudeur,
Gardés au fin fond de nos coeurs.

Il est toujours mon père, ce flic du mitard,
Ce père peu bavard, épongeant d’un buvard
Les larmes que d’affreux requins amorcèrent
A nos lignes, nos misères.

L’heure est venue par votre témoignage
De le voir réjoui de vos nombreux passages
Sur la prose qu’une de ses  » filles chéries « 
Ecrit, dernière parole à son dernier cri.

A ce père Gardien de la paix
Dont le corps repose en paix,
Son esprit est venu, ce dimanche matin,
D’âme à âme, me faire de gros câlins.

13 mars 2016 - Jeannine Castel

 

Publié dans:biographie, Poèmes dédicacés |on 13 mars, 2016 |Pas de commentaires »

La mort en chandelle

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                                                                                                                                                                                                                                                                 à Jeanne, ma mère

Toute une vie se consume
Vacille lentement, faible lueur,
Après une enfance sortie des brumes,
La voilà qui scintille au souffle du Seigneur.
De quelques remous d’âme, elle s’agite
Cette flamme qu’éclairent ses quatre-vingt-seize ans,
Ce départ qu’elle sait pour ce dernier gite,
D’une vie donnée que Dieu nous reprend.
Une mort douce qui vous prive d’ici-bas,
Une mort à petit feu où mijote le trépas.
La flamme s’éteint pour une montée en chandelle,
La cire a fondu à cette éminente intensité.
Ma mère je vous dois fière chandelle,
C’est de nouveau l’obscurité …
Comme votre amour en trente-six chandelles !
Pardonnez-moi ce retour de flamme,
Tant d’économies de bouts de chandelles.
Il reste la mèche noircie de nos flammes.
Paix à votre âme.

9 Août 2011
Jeannine Castel

Publié dans:biographie |on 28 juillet, 2015 |Pas de commentaires »

En mémoire

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Ma grand-mère Pauline, durant des nuits,
Piquait des capotes … hé oui …
C’était la guerre des tranchées,
Elle piquait pour ces valeureux retranchés.
Pour quelques sous à sa robe de veuve,
Malgré sa vue marquée par les épreuves,
Malgré ses souffrances révélées à qui ?
Elle fut sourde, en fin, aux bruits.
Toi qui me chantait l’absence de ma mère,
Avec toi je couchais, malgré mes colères,
Je devais partager ce lit de ferraille …
Autre que des médailles …
Non seulement je suis venue au cimetière,
Mais tu vois je passe des nuits entières
A travailler mon jardin intérieur
Pour éloigner ces vies de laideurs.
Certes, il te fallait bien du courage,
Vivre en vos temps, aux dits avantages.
Le temps retrace en ma mémoire
Ces moments de ta vie sans gloire.
Tu lisais Dely, Confidences, romances à deux sous
En blouse grise sans autre frou-frou.
Nous avons traversé ensemble quelques misères,
D’un chemin où je connus la guerre.
Pardon pour ce que je n’ai pas su faire
Pas assez ou guère.
Mais tu m’aimais.
Le monde n’a pas changé
La garce tient toujours l’inchangé.

Et tu n’es pas venu me tirer les pieds la nuit
Comme tu me l’avais si gentiment dit …

 

17 Avril 1990 - Jeannine Castel

Publié dans:biographie |on 18 juin, 2015 |Pas de commentaires »

Par monts et par vaux

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Je revis sur mes écrits mes rudes hivers
Volatilisés depuis, ils me reviennent, se dispersent.
Je parcours, de quel départ, ma randonnée d’hier
A ce jour. J’ai pataugé dans la boue, sous les averses,
Cramponnée à la vie, j’ai affronté ses tourments.
Ma mémoire me joue des tours de passe passe
Comme si une étrangère sortie du néant
Avait vécu à ma place.
Perplexe, sortie du rang, je les redécouvre sans pleurs.
Ces êtres qui étaient mon bonheur prétendu
M’ont abandonnée avec froideur.
Bernés par la vie, je reçus de ce bonheur inattendu
Une chevauchée fantastique que je vous dois aussi
Visiteurs du jour et de la nuit qui venez discrètement
Lire ma poésie.
Sans bruit, tout doucement, par tous les temps.
 

9 Juin 2015
 
Jeannine Castel

Publié dans:biographie |on 10 juin, 2015 |1 Commentaire »

D’une mission, du meilleur et du pire

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Mon coeur dévoyé et rebelle, bat.
Il s’emporte et chancelle, las.
l’amour qui l’enflamma, d’un feu de paille
Brûla ces illusoires fiançailles,
Où tu m’attendais, Amour divin.

J’ai déserté ta route pour ces abandons,
je t’ai chassé pour achever ma mort.
En ce chaos, trahie par d’indéfinis pardons,
j’entendis tes appels, sujet de mes essors,
Esprit consolateur à mes tocsins.

Mon coeur averti et infidèle aime …
A tes Saintes Ecritures, il pompa,
Conscient d’une histoire où je me démène
Au pas de tes pas, n’es-tu pas là ?
Terre Promise d’une fin.

Il manque à ma tristesse
La joie de ces échecs vécus.
le coeur soumis, je vis ces détresses,
Volontaire à ta vérité invaincue.
Aimée sans fin !

Qu’attendre d’un monde au pied d’une croix ?
le Fils du Père assure mon confort.
Mon coeur solitaire chante avec la foi
L’amour d’une poétesse pour son Roi.
Mes plus sûrs câlins.

 

A frère Yves le 20 Mars 1998
Jeannine Castel

Publié dans:biographie |on 17 mai, 2015 |Pas de commentaires »

Intimes amitiés

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à Stéphane Mallarmé 

Mes mots endeuillés de vos bonnes paroles
Se sont calfeutrés en un prudent silence.
Ils se sont tus à l’ombre d’un saule,
Connaisseurs qu’ils étaient des gens d’importance.

Sans être déçus de ces limites expressives,
Ils vivent désormais, en de plus sûrs regards,
Bien que la croix me soit, en définitive,
La seule issue que je croise avec l’art.

S’approchant d’une fosse, ma jeunesse s’éloigne
Suffisamment repue d’un héritage lourd.
Fidèle à l’évangile, Dieu me soigne.

Agonie d’un siècle qui aime les discours,
Tout reflète ici-bas les illusions perdues.
Au monde, cette épitaphe, qui m’a reconnue.

14 Août 1996
Jeannine Castel

 

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