La grande parade

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Les girafes apprennent à défiler
Pour la grande parade animalière.
Pas moyen d’essayer de se défiler …
Deux gardiennes veillent, resserrent,
Les rangs de cette troupe indisciplinée, lassée,
Qui n’en fait qu’à sa tête, préférant
Faire une trempette pour se délasser,
Insouciante des eaux de la Mara, aux dents
Cruelles qui flottent sous de jolis ornements.
La meneuse de revue attend sagement
Que ces turbulents, chahuteurs garnements
Enfin se décident à se mettre en rang.
D’une ligne bien droite et régulière
Elle pourra les amener vers la clairière.
Partis depuis l’aube, la fatigue se ressent,
La concentration a rejoint bon escient.
« Lâchés sur la savane les gardes vont avoir
Un mal fou à rassembler en un seul couloir
Ces longs cous curieux, avides d’espace,
Agités, perchés sur leurs grandes échasses.
Quelle idée saugrenue venant d’un commandant
Qui se contente de jumelles pour ce dément
Projet de nous faire défiler … quel emmerdeur !
La parade animalière et sa folie des grandeurs !
Combien de fois devrons-nous répéter … »
« Taisez-vous ! Garde à vous ! Assez rouspété !
Une fois la file indienne en place,
Vous lèverez en cadence la même patte, bande d’échasses !
Je veux plus entendre de commentaires ! »
« Le commandant derrière ses jumelles est très en colère … 
La troupe va t-elle réussir cet exploit ? …
Attendons le prochain scoop… j’ai les foies … »

 

8 Février 2018 – Jeannine Castel
Photo : Polo Chourbois sur facebook

 

 

 

La Dame blanche

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Grandes orgues ce matin
Pour la joie du pèlerin
Qui découvre sa Dame préférée
Toute de blanc ainsi parée.

Une toccata pour clarinettes
La salue sous cet habit de fête.
Un tapis virginal est à ses pieds,
La Tour Eiffel va t-elle se marier ?

Pièce montée vertigineuse, la belle
Saupoudrée de sucre glace et de cannelle
S’oublie un instant sur ces douceurs
Offertes par l’hiver en son honneur.

Malgré le froid et la grisaille
Elle dresse son long cou en ferraille,
Fière de ce triomphe par-dessus les toits
D’une France paralysée par le froid.

Grandes orgues ce matin
La Dame blanche attend Valentin.
Mais celui-ci est encore en chemin …
C’était juste un essai pour calmer leurs faims.

 

8 février 2018 – Jeannine Castel
Photo : Amandio Antunes sur Facebook

 

La rose, la goutte et l’arbre

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Une rose enrhumée
Avait la goutte au nez.
La goutte perlait, perlait …
La rose s’étiolait.
Ses pétales s’écartèrent
Pour accoucher d’une sphère,
Découpèrent dans le noir
Un creux pour y recevoir
Un arbre enraciné dans le palais
D’une rose dont la goutte perlait.
Dans un sourire à la pluie printanière,
La goutte aurait préféré une rose trémière.
Bien vite elle oublia cette furtive nostalgie
Ne voulant pas souffrir de névralgies.
D’une goutte née d’une rose, 
                Un arbre prisonnier d’une goutte de rose,                 
À la barbe d’un nez goutteux, morose,
Ensemença la couleur bois de rose.

 

6 février 2018 – Jeannine Castel
photo : Frédéric Hennion sur Facebook

Les lavandières

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Dans mon midi, les lavandières du Portugal,
Tambour battant, ont changé de canal.
Nos robustes et courageuses femmes bugadières
À genoux, assises sur leur imposant derrière,
À coups de battoir en bois tabassaient leur linge.
Ces pipelettes lessivaient en même temps leurs méninges.
Rien à voir avec ces deux excitantes pin-up
Et leurs bulles échappées de canettes de seven-up.
Leurs mains rougies d’engelures, gonflées,
Par tous les temps et leurs morsures,
Savonnaient, battaient, trempaient, rinçaient,
Portaient dans des brouettes qui grinçaient,
Le linge propre qu’elles étalaient sur les prés
Ou qu’elles épinglaient sur des fils d’étendoirs.
Le linge gigotait sur des cintres en forme de bateau-lavoir.
Des fichus retenaient leur chevelure
Tandis que les oiseaux sifflaient la bonaventure.
Leurs poitrines opulentes de ménagères accomplies
Ne faisaient plus mousser que les draps de lit ! …
Des draps de lin, épais, inusables comme la misère.
Il leur fallait parfois tirer l’eau du puits, faire
Bouillir dans une lessiveuse, essoufflée, surprise
De ce linge qui sortait blanc de cendres grises.
Les lavandières existent-elles encore au Portugal ?
Ces deux midinettes aux allures de flibustières,
Sur les récifs de coraux, baignent leur galère
D’une moue pour cette tâche ménagère ennuyeuse.
Un gagne-pain en jupe culotte et vareuse.
Des lavoirs existent encore, anciens vestiges
Pour de courageuses déesses callypiges.

 

22 Janvier 2018 – Jeannine Castel
Toile de l’artiste peintre écrivain Anne Marie Torrisi.

 

 

 

 

 

Le Nord

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Le Nord,
Pour ne pas s’égarer,
A pour sponsor
Un ciel paré
À toutes les tempêtes.
De menaçantes bêtes
Nordiques
Sont prises de coliques.
Une pluie hystérique
Fouette les chimériques
Sols aux rêves bucoliques
De ce Nord si sympathique.
Un ciel névrosé
Atteint de nausées.
Un ours brun surgit,
Un féroce félin rugit.
L’ours protège ses oursons
Sous les yeux polissons
D’un chat sans moustaches
Qui n’a plus d’attaches
Que ce Nord.
Ce Nord fantasque,
Épris de bourrasques,
Qui colle aux basques
De fantaisistes frasques
Sous les intempéries
D’un Nord qui me sourit.
Un ch’ti y voit des pingouins
Les manchots font du foin :
« C’est qui cette méridionale
Qui parle du Nord comme une estivale,
Incapable de parler ch’ti …
Cette Catharina tchitchi … ?! »

 

1 Février 2018 – Jeannine Castel
Photo : Alexandre Melard

 

 

 

La servante

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La lumière sur son jupon blanc
Trahit l’ardeur de son attente …
Mais un radiateur à côté de ses flancs
Réchauffe le coeur de cette amante.

Dénudée par les fantasmes et les perversités,
Cachés sour l’armure des chevaliers,
Elle retrouve un semblant de virginité,
Soumise à la venue d’un éventuel cavalier.

Prête, détachée, son corps maltraité
Est mort à la vie qui la retient encore,
Tentant le diable sans toutefois l’allaiter.
Ce halo de blancheur la rachète et l’honore.

Elle médite, tourne le dos à son passé,
Réconfortée par cette douce lumière
Qui vient à ses pieds la traverser,
La délivrer par cette dernière prière.

Servante d’un Seigneur, bonne à tout faire,
Lasse des assauts aux coeurs de pierre,
Aveuglée face à l’opacité du vitrail
Elle attend, le coeur fervent, sa montée au sérail.

 

3 Février 2018 – Jeannine Castel
Photo de Gil Strec sur Facebook

 

Les couchers de soleil

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Les couchers de soleil
N’ont pas leur pareil
Pour annoncer la nuit
Au jour qui s’enfuit.

Royaume des ombres
Ils font des décombres
Un ensevelissement sombre
Du jour qui sombre.

Ils sont les flammes,
Les blessures infâmes,
La mort de vilains drames,
La joie des beautés de l’âme.

Les couchers de soleil
Annoncent le sommeil
Du brûlant soleil
Endormi jusqu’à l’éveil.

Les couchers de soleil
Sont les rêves artificiels
D’espoirs glissants
Dans l’horizon baissant.

Ils sont l’embrasement
De ce nocturne flamboyant,
De rêves et tourments
D’un enfer se noyant.

1 Février 2018 – Jeannine Castel
Photo : Philippe Passet sur Facebook

 

 

 

 

 

 

 

 

Points et pois

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Deux pintades noiraudes
Partirent à la maraude
Dans un champ de pois
Du fin à l’extra fin choix.
De points et d’embonpoint
De plumes et duvet fin.

Deux pintades grassouillettes
Décorèrent leur toilette
De pois moyens à très fins
Pour un mardi-gras serein
Sur des rochers en chocolat.
Crêtes de dentelles et falbalas.

Une émeraude en percing
Ajoute à leur looking
Ce brin de verdure
Manquant aux pois de leur parure.
Deux jolies pintades
Prêtes pour la parade. 

Ces poules de Numidie ayant picoré les écrits de Rome
En poules d’Inde le Moyen-âge les renomme.
La déesse Artémis voyant sur ce char ces deux pintades
Transformées en pintades du pharaon pour la parade,
Les renvoya vivre à l’état sauvage en Afrique.
Être chassées ou sauvées … Pois ou point ?

 

1 Février 2018 – Jeannine Castel
Photo : Véronique Morel

 

SCARFACE

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SCAR ! …
Un roublard
Des grands boulevards.
Le chouchou
Des rendez-vous.
Doudou de loulous
Amoureux fous.

SCARFACE
L’audace …
De volte-face
N’effacent
Sa face,
Ne remplacent
Sa tignasse.

Un Roi des rois
D’un chemin de croix
Dont l’oeil droit
Saigne de froid,
De sournois
Tournois
D’effrois.

SCAR, l’immortel.
L’éternel favori
De safaris.
L’idole
D’une farandole
Entichée
De ses clichés.

SCAR
Ce bel avatar
Est et restera
L’énigmatique,
Fantastique
Lion idyllique
De l’Afrique.

 

1 Février 2018 – Jeannine Castel
Photo : Tony Crocetta sur Facebook

 

Squelettes d’arbres

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Des mâts d’anciens vaisseaux
Aux voiles depuis longtemps déchirées
Émergent des courants d’eau
Sur cette lagune de flibuste éplorée.
Sur tous ces naufrages mystérieux,
Un arbre flegmatique garde ce lieu.
Il a poussé, là, en ce cimetière marin
Entouré d’une flottille de lamantins
Gonflés par les dérives d’esprits
De pirates poursuivis par leur sauvagerie.
Ils ont fait naufrage dans ce lac paisible
Où cris, fureur, de ces êtres insensibles
Retentissent encore d’abordages sonores
Parfois quand se pointe l’aurore.
Ce que vous apercevez, gens du voyage,
Ce ne sont que mirages d’arbrisseaux
De bateaux qui gisent au fond des eaux.
Ce lac Baringo berce ces épaves
Qu’après leur mort plus rien n’entrave.
Ces mâts flottants dénudés de tous âges
Font la splendeur de ces beaux rivages.
Ce dernier butin offert, au pied marin,
Scintille de tout l’or sur ce lac africain.
Mouvance nautique et non de marbre
Dansée par ces squelettes d’arbres.
Marionnettes, pantins désossés, mâture
Recyclée pour la beauté de dame nature.

 

1 février 2018 – Jeannine Castel
photo : Marie Hélène Lallouette

 

 

 

 

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